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Publié : 26 janvier

Voyage d’étude à Auschwitz avec des élèves de Première et de Terminale

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Le mercredi 18 janvier 2017, vingt élèves du lycée Léopold-Sédar-Senghor (dix élèves de Première L1, huit élèves de Terminale ES3, deux élèves de Terminale S5), accompagnés par trois professeurs (Agnès Prevelle, professeure-documentaliste, Luc Daireaux et Franck Tuleff, professeurs d’histoire-géographie et de lettres-cinéma) se sont rendus en Pologne avec plus d’une centaine de lycéens et d’apprentis normands. Ce voyage d’étude à Auschwitz s’inscrit dans le cadre d’un projet piloté par le Mémorial de la Shoah et par la Région Normandie, projet qui doit aboutir à la production d’une émission radiophonique autour des témoignages sur le génocide des juifs. L’émission sera présentée au lycée puis au Mémorial de Caen en mai prochain.

La journée du 18 janvier commence très tôt. Le départ est fixé à 3 h du matin. Les élèves rejoignent leurs camarades du Lycée Louis-Modeste-Leroy, encadrés par Virna Grzanka (professeure de lettres) et par Marc Betton (professeur d’histoire-géographie). Quelque deux heures plus tard, le car arrive à l’aéroport de Deauville, où un avion spécialement affrété attend les élèves et les apprentis de la région participant au projet, leurs professeurs, ainsi que des journalistes et quelques personnalités, en particulier Denis Rolland, recteur de l’Académie de Caen, Mostefa Fliou, secrétaire général de l’Académie de Rouen, Christiane Vulvert, conseillère régionale, et Olivier Lalieu, responsable de l’aménagement des lieux de mémoire et des projets externes au Mémorial de la Shoah. À l’aéroport de Cracovie, élèves et professeurs s’engouffrent rapidement dans les cars pour gagner le Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau (Oświęcim-Brzezinka).

C’est à Birkenau que commence la visite, prise en charge par Dorota, guide polonaise, et par Alexandre Doulut, historien, doctorant à l’université Paris-I, auteur notamment d’un livre coécrit avec Sandrine Labeau et Serge Klarsfeld, ouvrage intitulé 1945, les rescapés juifs d’Auschwitz témoignent (2015). Le récit débute sur la Judenrampe , ce quai où la majorité des juifs de France et d’Europe sont arrivés à Birkenau. Du printemps 1942 au printemps 1944, c’est ici que s’effectuait la sélection, opération au terme de laquelle les détenus jugés inaptes au travail étaient dirigés vers les chambres à gaz. À partir d’avril 1944, les convois arrivent directement dans le camp, comme l’explique Alexandre Doulut aux élèves quelques minutes plus tard, à l’entrée du camp et du centre de mise à mort d’Auschwitz II-Birkenau.


Élèves et professeurs du Lycée Senghor écoutant Alexandre Doulut
(Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 18 janvier 2017)


Après avoir emprunté la route qui sépare les camps BIIc et BIId, le groupe s’arrête à proximité des ruines des crématoriums V et IV, deux des installations homicides de Birkenau, comprenant des chambres à gaz et des fours crématoires. Nos guides reviennent notamment sur une source exceptionnelle documentant le génocide, quatre photographies prises par un juif polonais dénommé Alex, membre du Sonderkommando chargé de vider les chambres à gaz et de brûler les cadavres. On y voit des fosses d’incinération et des détenus se déshabillant avant de rejoindre la chambre à gaz.

Le groupe emprunte ensuite le chemin qui sépare les entrepôts appelés Kanada (où étaient stockés les biens confisqués aux juifs avant d’être envoyés en Allemagne) et le bâtiment en brique nommé Sauna, lieu de « désinfection » et d’enregistrement. Les lycéens normands se retrouvent devant les stèles du Monument international des victimes du fascisme pour un moment de recueillement, marqué notamment par une prise de parole dense et forte de Ginette Kolinka, rescapée d’Auschwitz, dont le témoignage précieux avait déjà frappé les élèves en décembre dernier.


Stèle commémorative au Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau
(photographie prise le 18 janvier 2017)


L’après-midi du 18 janvier est consacrée à la visite du camp d’Auschwitz I dont la place dans le système concentrationnaire nazi remonte au début de l’année 1940, quelques semaines après l’annexion de cette partie de la Pologne au Reich. À ses débuts, le camp comptait de nombreux Polonais puis des prisonniers de guerre soviétiques avant que ne prédominent les juifs venus de toute l’Europe. L’enseigne portant le slogan repris par les nazis « Arbeit macht frei » (« Le travail rend libre ») et utilisé dans d’autres camps de concentration (à Dachau ou à Sachsenhausen, par exemple) a été dérobée et mutilée en décembre 2009 avant d’être rapidement retrouvée. Le camp n’a cessé de se transformer entre 1940 et 1944, a rappelé notre guide polonaise. Certains des vingt-huit Blocks ont été aménagés par le Musée d’État. La visite des Blocks 4, 5, 6 et 7, consacrés à l’extermination et aux preuves matérielles du génocide ainsi qu’aux conditions de vie des prisonniers reste particulièrement éprouvante pour les visiteurs. Le Block 11, également ouvert à la visite, était un lieu de prison et de torture. Entre les Blocks 10 et 11 se sont tenues de nombreuses exécutions. C’est dans les sous-sols du Block 11 que fut utilisé pour la première fois le Zyklon B, en septembre 1941. Les victimes furent des prisonniers de guerre soviétiques. Le Block 20 abrite une exposition consacrée aux victimes françaises de la Shoah. Avec la visite de la chambre à gaz-crématorium d’Auschwitz, en fonction entre la fin 1941 et le printemps 1942 avant que ne soit aménagé le Bunker 1 à Birkenau, les élèves ont pu mesurer toute la complexité du site. Auschwitz-Birkenau est à la fois un camp de concentration, un centre de mise à mort et un ensemble industriel (Auschwitz III-Monowitz). S’y sont déployées des politiques de répression et d’assassinat. Les historiens estiment le nombre de victimes à 1,3 million de personnes dont 1,1 million de juifs.


Mère et enfant, sculpture d’Anna Raynoch-Brzozowska
(Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, photographie prise le 18 janvier 2017)


Vers 18 heures, dans la nuit et le froid, les élèves ont rejoint le car puis l’aéroport de Cracovie. C’est l’heure du retour à Deauville puis à Évreux, où le groupe est arrivé à 2 h du matin, le 19 janvier, au terme d’une journée aussi intense qu’émouvante, dont plusieurs médias ont rendu compte (Paris-Normandie, Ouest-France, France Bleu ou encore France 3).